Les bulletins scolaires contribuent-ils à faire augmenter la violence physique envers les enfants?

Bien que 112 pays aient interdit le recours aux châtiments corporels dans les écoles et 24 pays, à la maison, pour 19 états américains, principalement dans le sud des États-Unis, le fait d’infliger de tels châtiments aux enfants s’avère une pratique tout à fait légale. Selon les résultats d’une étude publiée dans JAMA Pediatrics en décembre 2018, il y aurait une corrélation entre la publication des bulletins scolaires le vendredi et l’augmentation du taux de violence physique envers les enfants le samedi suivant. Ce constat troublant doit donner matière à réflexion aux parents et aux éducateurs!

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L’objectif de l’étude publiée dans JAMA Pediatrics était d’en apprendre davantage sur la cohérence temporelle des fluctuations du taux d’incidence de violence physique envers les enfants qui varieraient en fonction du jour de publication des bulletins scolaires. Pour ce faire, les chercheurs ont tenté de répondre aux deux questions suivantes : Y a-t-il un lien de cause à effet? Y a-t-il des tendances, entre date de publication du bulletin et acte violent, qui étayent les preuves anecdotiques?

Démarche et méthodologie

Melissa A. Bright, Ph. D., du Anita Zucker Center for Excellence in Early Childhood Studies de l’Université de Floride à Gainesville, et ses collègues ont recueilli des données auprès d’un service qui offre une ligne d’écoute téléphonique spécialisée pour enfants victimes de violence. Ce faisant, ils ont enregistré les dates de publication des bulletins des écoles publiques de 64 des 67 comtés de l’État de Floride au cours d’une année scolaire. Plus précisément, cette collecte de données s’est étalée sur une période de 265 jours, soit du 8 septembre 2015 au 30 mai 2016, pour tenir compte des vacances scolaires durant l’été. Quant à l’analyse des données, elle a été effectuée d’octobre 2017 à mai 2018. Les auteurs se sont concentrés sur les enfants âgés de 5 à 11 ans pour la raison suivante : « c’est la tranche d’âge pour laquelle les pédiatres croyaient avoir observé une augmentation de la violence physique après la publication des bulletins scolaires [traduction libre] ».

[Comment les parents peuvent-ils favoriser la persévérance chez leurs enfants?]

L’un des principaux points forts de l’étude réside dans l’utilisation de nombreuses sources de données (16 960 jours d’observation). Cependant, le nombre de cas analysés était limité à ceux ayant donné lieu à des appels de la part d’enfants victimes de violence; comme de nombreux cas de violence ne sont ni signalés ni rapportés, le nombre de cas étudiés peut représenter une sous-estimation de la situation réelle. De plus, les données recueillies ne concernaient que les enfants fréquentant l’école publique et ayant des bulletins scolaires sur papier, de sorte qu’on ne peut généraliser les résultats de l’étude aux enfants des écoles privées ou à ceux dont les bulletins scolaires se trouvent en ligne. Les résultats doivent donc s’interpréter dans le cadre et le contexte donné où l’on a mené l’étude.

Principaux résultats et mesures

Les chercheurs ont constaté que le nombre de cas de violence physique envers les enfants vérifiés par les services de protection de l’enfance de l’État de Floride était de 1 943 cas lorsque les bulletins scolaires étaient publiés un vendredi plutôt qu’un autre jour de la semaine. Pour fournir des données exactes :

  • Sur les 167 906 appels reçus, 7,8 % (n = 29 887) concernaient des cas présumés de violence physique;
  • De ce nombre, 6,7 % (n = 2 017) étaient des cas vérifiés de violence physique;
  • Parmi les 1 943 cas admissibles, 58,9 % (n = 1 145) étaient des garçons;
  • L’âge moyen étant d’environ 8 ans;
  • Les Noirs et les Blancs représentaient respectivement 41,3 % et 48,2 % des cas.

[Dossier thématique : L’évaluation]

Les résultats indiquent que les appels ayant donné lieu à des signalements vérifiés de violence physique envers des enfants ont été plus fréquents les lendemains (les samedis) de l’annonce des résultats scolaires faite un vendredi que les samedis qui n’étaient pas précédés d’un jour (un vendredi) de publication de bulletin scolaire. En effet, le nombre de signalements d’enfants ayant subi des violences avait alors quadruplé; il avait également augmenté dans les comtés urbains. Par ailleurs, les chercheurs n’ont observé aucun lien significatif entre la publication des bulletins et les cas de violence pour les autres jours de la semaine. Ces constats conduisent notamment les chercheurs à conclure à la nécessité d’une stratégie, d’une politique applicable aux différents districts scolaires afin de réduire ces cas de violence physique. Voici ce qu’ils écrivent également :

Les enfants qui reçoivent de mauvaises notes ou des remarques négatives sur leur bulletin scolaire peuvent courir le risque d’être punis physiquement si leur rendement n’est pas conforme aux normes des parents, ou si on les considère comme se conduisant mal, inattentifs ou perturbateurs en classe. Or, il est important de noter que les conséquences à court terme associées à la violence physique comprennent les mauvais résultats scolaires, les problèmes émotionnels et les troubles du comportement.

[Traduction libre]

À l’heure actuelle, il s’agit du seul échantillon d’enfants d’âge scolaire primaire utilisé par ces chercheurs pour mesurer les liens éventuels entre les appels de cas de violence physique vérifiés par un organisme et le moment de la publication des bulletins scolaires. Néanmoins, ils ont observé une tendance alarmante à l’augmentation du nombre d’hospitalisations pour mauvais traitements infligés aux enfants pour les mêmes périodes, ce qui, selon ces chercheurs, peut en partie être dû au stress parental lié aux performances scolaires des enfants.

[Dossier thématique : Échapper à la violence en milieu scolaire]

Conclusion

Les châtiments corporels et la violence physique peuvent avoir des effets traumatiques sévères et durables sur un enfant en développement; d’autant plus que les parents qui en usent ne changent pas nécessairement leurs stratégies disciplinaires entre le moment où leur enfant entre à l’école et celui où il devient un adolescent; d’où la nécessité d’adopter une politique de lutte contre ce type de pratiques et de l’appliquer.

Changer la date de publication d’un bulletin scolaire peut entraîner un changement dans le nombre de cas de violence physique, mais cela ne résoudra pas un problème plus vaste selon lequel il est toujours socialement acceptable de frapper un enfant pour corriger son comportement.

[Traduction libre]

[Pour consulter l’article : https://bit.ly/2IDHNIh]

Référence :

Bright, M. A., Lynne, S. D., Masyn, K. E., Waldman, M. R., Graber, J. et Alexander, R. (2018). Association of Friday School Report Card Release With Saturday Incidence Rates of Agency-Verified Physical Child Abuse. Repéré à https://jamanetwork.com/journals/jamapediatrics/article-abstract/2717779

Source de l’image : Shutterstock

Dernière modification : 26 février 2019.

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