La littératie, un moyen pour diminuer les inégalités pédagogiques

Tous les enfants sont différents. Cette affirmation semble faire consensus. Mais comment faire pour que ces différences ne soient pas une source d’inégalités? Une entrevue avec Nancy Granger, professeure adjointe à l’Université de Sherbrooke, a permis de constater que de se soucier du rehaussement des compétences en littératie dans la planification de son enseignement peut grandement contribuer à la diminution des inégalités pédagogiques et ainsi, contribuer à la réussite de tous les élèves.

« Un élève peut aimer les livres parce qu’ils les écoutent. Un autre peut comprendre un schéma narratif et être capable de le verbaliser sans toutefois pouvoir l’expliquer à l’écrit. Il ne faut pas voir cela comme un manque de connaissances, mais davantage comme un point de départ différent. Les enseignants doivent donc continuellement s’adapter et donner à leurs élèves d’autres possibilités que les méthodes traditionnelles en vue de les guider vers l’appropriation de stratégies qui leur permettent d’entrer dans l’apprentissage »  — Nancy Granger, Université de Sherbrooke

Les inégalités pédagogiques, une réalité à laquelle il importe de s’adapter

Provenant de milieux socioculturels diversifiés, les élèves arrivent sur les bancs d’école avec des expériences, des valeurs, des connaissances, des rapports aux savoirs, etc. qui sont souvent fort différents. Ces multiples différences se reflètent au sein des classes et peuvent être à la base de certaines inégalités pédagogiques. De plus, le contexte scolaire peut rapidement amplifier ces différences, et par le fait même, amplifier les inégalités.

Alors que l’hétérogénéité de plusieurs groupes-classes est indéniable, les acteurs des milieux scolaires doivent absolument la comprendre, l’accepter, et le plus important, s’y adapter. C’est lorsque sont maintenues des façons de faire normées dans lesquelles certains élèves ne peuvent se retrouver que surviennent nécessairement des inégalités. Voici quelques pistes afin de comprendre pourquoi tous les enseignants devraient s’intéresser davantage à la littératie dans leurs pratiques quotidiennes.

Qu’entendons-nous par « littératie »?

Selon le Réseau québécois de recherche et de transfert en littératie, la littératie est « la capacité d’une personne, d’un milieu et d’une communauté à comprendre et à communiquer de l’information par le langage sur différents supports pour participer activement à la société dans différents contextes ». Dans un cadre scolaire, la littératie permet donc de développer ses compétences à lire, à écrire et à communiquer efficacement en vue d’exercer son esprit critique. Soutenir le développement des compétences en littératie vise à permettre l’appropriation de stratégies favorables à la construction de sens nécessaire pour aborder différentes situations complexes à l’école.

Favoriser la transdisciplinarité des apprentissages

Dans cette perspective, il importe de préciser que lire, parler et écrire sont des compétences qui dépassent largement le champ du français, car elles sont sollicitées dans l’ensemble des matières et ont une importance majeure sur la réussite des élèves. Communiquer constitue alors une compétence transdisciplinaire ou transversale à toutes les disciplines.

D’ailleurs, en ouvrant les murs de la classe et en s’intéressant aux apprentissages faits dans les autres matières, les enseignants sont davantage en mesure de saisir sur quels éléments ils doivent tabler pour mieux soutenir l’apprentissage des élèves. Ils dégageront de leurs observations des similarités et des singularités porteuses pour la planification de leur enseignement.

Uniformiser les pratiques

Les processus cognitifs de haut niveau tels que résumer et synthétiser, pour ne nommer que ceux-là, représentent souvent un défi important pour les apprenants. Pour être un jour maîtrisés par l’ensemble des élèves, ces processus cognitifs doivent être travaillés en boucle du début à la fin du parcours scolaire. Alors, bien que les enseignants contribuent déjà chacun à leur façon au développement de ces compétences, il serait grandement plus profitable pour les élèves que l’école uniformise les stratégies enseignées. Ainsi, ces derniers pourraient, peu importe le cours dans lequel ils se trouvent, poursuivre l’intégration de ces compétences. De plus, pour faciliter encore davantage l’intégration, l’école peut graduer les processus afin que les élèves développent au fur et à mesure de leur cheminement des stratégies de plus en plus complexes. Par exemple, si rédiger une synthèse est une tâche trop complexe pour des élèves de première secondaire, il est déjà possible de leur demander de ressortir les éléments essentiels d’un texte, de les placer en ordre et de les peaufiner. Sans que l’enseignant l’ait prononcé, les élèves se dirigent progressivement vers la rédaction d’un résumé.

L’important rôle de l’enseignant

L’enseignant joue un rôle crucial dans l’apprentissage des élèves, mais aussi sur leur façon d’aborder les tâches proposées.  Pour ce faire, il doit lui-même anticiper les pertes de compréhension qui peuvent survenir et planifier les activités en vue de maintenir l’engagement des élèves.

À titre d’exemple, les manuels scolaires proposent parfois des présentations chargées qui peuvent altérer la compréhension. Il est nécessaire de démontrer aux élèves comment se saisir du contenu essentiel notamment quand un document renferme à la fois des extraits de texte, des schémas, des graphiques, des cartes, etc. En ce sens, les enseignants ont la responsabilité de créer des situations qui encouragent les élèves à verbaliser, à reformuler et à justifier leur compréhension. Des modèles et des aide-mémoires viendront soutenir leur autonomie et pourront faire l’objet d’un étayage entre le début et la fin de l’année.

Un autre exemple est celui de la formulation des questions d’examen. Il arrive souvent que pour une longue consigne d’examen regroupant trois sous-consignes dans la même phrase, plusieurs élèves s’arrêtent après la première sous-consigne. Dans un cas comme celui-ci, la compréhension de l’élève n’est donc pas appréciée à sa juste valeur.

Ces exemples illustrent de manière non exhaustive l’importance de sensibiliser et de former les enseignants aux moyens dont ils disposent pour contribuer à l’acquisition de connaissances et au développement de compétences de leurs élèves notamment lorsque ces derniers doivent lire, écrire et communiquer. En ce sens, la classe peut être un terreau fertile pour la mise en œuvre d’une pédagogie différenciée au service de tous les élèves.

Quelques exemples de pistes de solutions supplémentaires

Lors de l’Université d’été, le cours sur les inégalités pédagogiques a permis d’établir quelques pistes afin d’offrir à tous les élèves des chances égales de réussite. Ces pistes peuvent permettre d’amorcer une réflexion à ce sujet. En voici quelques-unes :

  • Partir du postulat d’éducabilité qui suggère que tout le monde peut apprendre. Il s’agit d’aborder les choses autrement, de considérer une pluralité de moyens pour arriver à nos fins.
  • Considérer que tous les élèves sont NOS élèves. La cohésion entre les divers acteurs de l’école est essentielle à la réussite scolaire et éducative de ces jeunes citoyens de demain.
  • Impliquer les élèves dans leur propre projet d’apprentissage. Proposer des apprentissages communs au sein desquels l’élève peut s’investir, faire preuve de créativité et faire valoir ses points de vue.
  • Faire de la classe une véritable communauté éducative où tout le monde peut apprendre de chaque personne présente.
  • Offrir des structures renouvelées qui permettent la tenue de projets intégrateurs auxquels peuvent se greffer des acteurs périscolaires, des technologies éducatives nouvelles et des dispositifs variés pour apprendre.

 

Image : Shutterstock/Ollyy

Dernière modification : 9 décembre 2018.

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