S’exercer à récupérer l’information pour de meilleurs apprentissages

Les enseignants essaient de mettre en place des pratiques pédagogiques efficaces pour aider les élèves à faire de meilleurs apprentissages. Ainsi, ils leur recommandent de prendre des notes en classe, de les relire à la maison, de souligner les informations importantes et de retranscrire certaines notions. Ces stratégies d’apprentissage visent toutes à « faire entrer » l’information. Mais pourquoi ne pas privilégier aussi des stratégies qui permettraient de « faire sortir » l’information pour favoriser les apprentissages?

métacognition apprentissage autorégulé

C’est ce que prônent des chercheurs de l’Université Washington de Saint-Louis dans un article intitulé How to Use Retrieval Pratice to Improve Learning. Ils y expliquent comment des « pratiques de récupération de l’information » peuvent favoriser les apprentissages et en améliorer la qualité et la pérennité.

En quoi consiste la pratique de récupération?

La pratique de récupération est une stratégie d’apprentissage qui consiste à « faire sortir » l’information en la récupérant ou en la régénérant grâce à des efforts de mémoire. La récupération de l’information est un défi cognitif exigeant qui nécessite un effort mental accru. C’est précisément ce défi cognitif qui permet de solidifier les apprentissages, d’améliorer la mémorisation et d’en faire une stratégie pédagogique gagnante.

Les enseignants peuvent introduire la pratique de récupération de l’information en classe de diverses façons, par exemple en posant des questions aux élèves, en donnant des devoirs pour renforcer leurs apprentissages, en créant des jeux-questionnaires ou en proposant des examens formatifs. Évidemment, ces pratiques pédagogiques sont déjà bien présentes dans les classes québécoises, mais les chercheurs de l’Université Washington insistent sur l’importance de les utiliser lors des apprentissages, et non comme outils d’évaluation!

Dans leur article, les chercheurs donnent trois exemples d’activités d’apprentissage qui mettent de l’avant la pratique de récupération. Par exemple, ils encouragent les enseignants à utiliser des télévoteurs, des cellulaires et des cartons de couleurs, et à créer leurs propres tableaux blancs effaçables à l’aide de cartons blancs et d’acétates. Ceci, pour amener les élèves à utiliser leur mémoire de façon à régénérer l’information apprise, leurs apprentissages.

Les pratiques de récupération de l’information peuvent et doivent être utilisées avec tous les élèves, à tous les niveaux et dans toutes les matières.

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Pourquoi privilégier la pratique de récupération?

Les chercheurs montrent que les stratégies d’apprentissage qui consistent à « faire entrer » l’information conduisent à des apprentissages à court terme, et ce, même si les élèves semblent apprendre rapidement et qu’ils obtiennent de bons résultats aux examens.

La pratique de récupération, bien qu’elle est plus exigeante et semble ralentir les progrès des élèves, peut s’avérer fructueuse pour plusieurs d’entre eux. En utilisant réellement leur mémoire pour récupérer l’information (p. ex. en prenant des notes ou en justifiant leurs réponses de façon à « faire sortir » l’information), les élèves utilisent un processus cognitif qui permet d’améliorer leurs apprentissages. Cela leur permet aussi de faire intervenir leur mémoire à long terme, soit celle qui emmagasine durablement l’information.

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Plus la pratique de récupération est difficile, plus on privilégie l’apprentissage à long terme. 

Les chercheurs de l’Université Washington montrent aussi que cette stratégie d’apprentissage apporte des améliorations significatives en ce qui a trait à la résolution de problèmes complexes, à l’organisation et au transfert des connaissances, ainsi qu’aux capacités métacognitives des élèves. En effet, en mémorisant mieux la matière, les élèves connaissent nécessairement mieux ce qu’ils comprennent et ce qu’ils ne comprennent pas. Cet exercice de métacognition permet également aux enseignants de « visualiser » la pensée des élèves et de donner des rétroactions précises et efficaces.

[Des stratégies pour favoriser la métacognition et la conscience de soi chez les élèves]

La pratique de récupération est une stratégie d’apprentissage puissante pour améliorer les performances académiques sans demander plus de technologies, plus d’argent ou plus de temps en classe.

Intégrer la pratique de récupération

On trouve dans l’article How to Use Retrieval Pratice to Improve Learning une liste de « questions fréquemment posées » au sujet de cette pratique pédagogique. Elles permettent d’améliorer la compréhension qu’on a de cette stratégie d’apprentissage. Les auteurs fournissent également une liste de vérification pour faciliter l’intégration de cette pratique en classe. En voici une traduction :

  • Utiliser la pratique de récupération comme stratégie d’apprentissage et non comme outil d’évaluation;
  • Utiliser la pratique de récupération de façon formative et ludique pour réduire l’anxiété des élèves et encourager les essais-erreurs;
  • Utiliser la pratique de récupération aussi souvent que possible : « la pratique rend parfait »;
  • Espacer l’apprentissage des concepts et leur récupération de quelques jours ou d’une semaine;
  • Utiliser des stratégies de pratique de récupération diversifiées : cartons de couleurs, jeux-questionnaires, écriture de réponses rapides, tableaux blancs, etc.;
  • Utiliser des questions diversifiées : questions de type vrai ou faux; questions à choix multiples; questions à réponses courtes; questions pour évaluer les connaissances; questions de compréhension (ex. : des concepts); questions pour favoriser le transfert de connaissances, etc.;
  • Encourager la métacognition en donnant des rétroactions aux élèves;
  • Rassurer les élèves en leur disant que les apprentissages exigeants qui se font à l’aide de la pratique de récupération constituent une bonne chose;
  • Examiner ses propres stratégies d’apprentissage en se posant certaines questions. Exigent-elles des élèves de faire « entrer » ou « sortir » l’information? Les élèves doivent-ils fournir de réels efforts pour faire leurs apprentissages ou ceux-ci se font-ils au contraire facilement?

[Consulter l’article]

Référence

Agarwal, P. K., Roediger, H. L. McDaniel, M. A. MacDermott, K. B. (2018). How to Use Retrieval Practice to Improve Learning. Université Washington de Saint-Louis. Repéré à http://pdf.retrievalpractice.org/RetrievalPracticeGuide.pdf

 

 

Dernière modification : 31 juillet 2018.

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