Réflexion sur les styles d’apprentissage

Tout au long de son parcours scolaire, l’élève apprend à connaître ses forces et ses faiblesses, grâce auxquelles il développe des stratégies métacognitives. Ces stratégies optimisent sa manière de traiter l’information, ce qui joue un rôle majeur dans la qualité de ses apprentissages.

Shutterstock / Style-photography

Carolina Kuepper-Tetzel a publié sur le site Web The Learning Scientists le résumé d’une recherche menée par Donggun An et Martha Carr, qui critiquent l’adaptation de l’enseignement en fonction des styles d’apprentissage (concept que certains lient aux « styles cognitifs »).

An et Carr utilisent le terme styles d’apprentissage pour désigner les « styles cognitifs », un concept dont la validité scientifique est contestée. À ne pas confondre avec les préférences d’apprentissage qui désignent « les styles d’apprentissage métacognitifs et multidimensionnels fondés sur les approches de l’apprentissage par l’étudiant » (Buysse, 2014, p. 6).

L’article vise à connecter le concept des styles d’apprentissage à des concepts cognitifs scientifiquement solides dans le but de transmettre des recommandations fiables aux enseignants. Selon An et Carr, la théorie des styles d’apprentissage est un mélange de constructions empruntées, et mal interprétées, d’autres théories de l’apprentissage et de la cognition humaine qui mènent nécessairement à des recommandations inutiles.

[Apprentissage : à chacun son style?]

Verbal versus visuel?

La conception des styles d’apprentissage la plus connue est celle qui catégorise les apprenants dans l’un de ces deux groupes : soit le verbal, soit le visuel. L’apprenant verbal bénéficierait plus de textes écrits et l’apprenant visuel, de supports visuels comme les graphiques ou les diagrammes.

An et Carr critiquent ce concept en soulignant que la cognition humaine ne fonctionne pas de cette manière. En effet, il est prouvé que la combinaison de plusieurs canaux sensoriels est la meilleure technique pour favoriser la rétention d’informations. En adaptant l’enseignement au style dominant des apprenants, l’enseignant risque de limiter l’utilisation optimale des habiletés cognitives de ses élèves et de passer à côté d’une occasion de travailler sur les points qu’ils doivent améliorer.

Ça n’a aucun sens de se concentrer uniquement sur les forces d’un élève et d’ignorer ses faiblesses.

[Tenir compte du tempérament des élèves : une pratique efficace]

Concret versus abstrait

La deuxième conception d’une approche de l’enseignement liée aux styles d’apprentissage que critique An et Carr est celle qui consiste à adapter l’enseignement en fonction d’un apprenant de type soit « concret », soit « abstrait ». Celui-là serait plus efficace lorsqu’on lui présente des étapes et des exemples concrets, et celui-ci préférerait les règles et les représentations (les informations abstraites).

La critique d’An et de Carr à ce sujet s’appuie sur le fait que cette approche ne tient pas compte des connaissances antérieures des apprenants et de leur niveau d’expertise, qui influencent grandement les possibilités de différenciation. En effet, les novices ont besoin d’étapes et d’exemples concrets puisqu’ils n’ont pas les connaissances nécessaires pour comprendre les règles et les informations abstraites. An et Carr recommandent donc de ne pas différencier l’enseignement en fonction de ce style d’apprentissage (concret/abstrait), notamment car cela empêche les apprenants de mettre les efforts nécessaires pour atteindre une compréhension et une représentation abstraite de la matière.

La dichotomie concrète-abstraite n’est pas un trait d’apprentissage, mais un état de l’apprentissage vers l’expertise.

Impulsif versus réflexif

Le troisième et dernier style d’apprentissage critiqué par An et par Carr est celui-ci : impulsif/réflexif. Selon ce concept, les apprenants impulsifs résoudraient rapidement et de façon imprécise les problèmes, alors que les apprenants réflexifs le feraient lentement et précisément.

Le message des deux chercheurs est simple au sujet de ce style d’apprentissage : il faut éviter d’adapter l’enseignement en fonction de ce style, parce que les recommandations qui lui sont associées dépendent de la source de l’impulsivité ou de la réflexivité. En effet, un apprenant impulsif peut l’être en raison, par exemple, d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), alors qu’un autre apprenant peut l’être pour une raison complètement différente.

Cette dichotomie et les recommandations qui lui sont associées sont trop souvent inutiles puisqu’elles oublient qu’un apprenant peut être rapide ET précis.

[Pour en savoir plus sur la différenciation pédagogique]

Mot de la fin

Pour An et Carr, il apparaît donc clair que l’approche d’enseignement basée sur les styles d’apprentissage ou styles cognitifs s’appuie sur une (sur)simplification de plusieurs concepts de la cognition humaine pouvant mener à des recommandations non valides scientifiquement.

[Consultez l’article]

 

Références :

1) Kuepper-Tetzel,C. (2017). Learning Styles : A Misguided Attempt to Highlight Individual Differences in Learners. The Learning Scientists.

2) Buysse, A. (2014). Interventions sur les préférences d’apprentissage pour favoriser la persévérance et la réussite scolaire lors du passage de cycles ou de secteurs de formation du secondaire. Université Laval. 110p.

Image : Shutterstock / Style-photography

Dernière modification : 14 août 2017.

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