La notion de phrase : au-delà de la majuscule et du point

Qu’est-ce qu’une phrase? Si cette question peut paraitre banale à première vue, la diversité de réponses qu’elle soulève laisse entrevoir le caractère complexe de cette notion grammaticale abordée dès la première année du primaire.

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Shutterstock / v.schlichting

Dans la Progression des apprentissages au primaire en français, une place importante est accordée à la syntaxe – à « l’étude du fonctionnement de la phrase ».

Toutefois, si l’on se fie aux résultats des épreuves obligatoires d’écriture (MELS, 2012) ainsi qu’à une étude de Lefrançois, Laurier, Lazure et Claing (2008), la syntaxe et la ponctuation sont des aspects de l’écriture qui posent relativement problème aux élèves du primaire.

Enseigner la ponctuation… Pas si banal que ça!

La notion de phrase

La phrase est une notion qui occupe une place centrale dans l’apprentissage de la syntaxe. Il existe plusieurs « types » de phrases : la phrase syntaxique, la phrase syntaxique autonome, la phrase syntaxique subordonnée, la phrase de base et la phrase graphique. Lorsque vient le temps de déterminer ce qu’est une phrase, les critères sémantiques, syntaxiques et graphiques peuvent s’entremêler et rendre l’exercice plus difficile qu’il ne le parait.

Même les auteurs de grammaires ne s’entendent pas tous sur la définition d’une phrase. Sans faire totalement abstraction de la sémantique, à ce jour, les critères syntaxiques sont toutefois privilégiés pour déterminer si un énoncé est une phrase ou n’en est pas une (ex. : composé d’au moins un sujet et d’un prédicat, et, facultativement, d’un complément de phrase).

Comment les enseignants et les élèves conçoivent-ils la notion de phase?

Pascale Lefrançois, Isabelle Montésinos-Gelet et Dominic Anctil se sont penchés sur cette question dans le cadre d’une recherche collaborative qu’ils ont menée auprès de 494 élèves et 19 enseignants du primaire pendant deux années scolaires consécutives. Les résultats de leur recherche, financée par le Programme de recherche sur l’écriture et la lecture (PREL), ont fait l’objet d’un article dans la Revue de linguistique et de didactique des langues.

L’expérimentation réalisée dans le cadre de leur recherche consistait à proposer deux tâches aux enseignants : l’une où ils devaient déterminer si les énoncés présentés étaient ou non des phrases et justifier leur réponse, et l’autre où ils devaient repérer, justifier et corriger les erreurs syntaxiques comprises dans les énoncés.

Exemples d’énoncés pour la tâche 1 :

  • J’aime jouer dehors. (Oui)
  • La délicieuse tarte aux fraises. (Non)
  • La girafe est une fleur sucrée. (Oui)
  • Ses gants a perdu Maman. (Non)

Exemples d’énoncés pour la tâche 2 :

  • La mère de Marie-Lise elle se dépêcha.
  • Quand il eut terminé, un tigre avec des dents pointues rouges.
  • Marie cueille.
  • Il alla répondre à porte en robe de chambre.

Les enseignants étaient amenés à réaliser trois fois par année ces tâches, dont les énoncés variaient légèrement, mais conservaient le même modèle. La tâche 1 était aussi réalisée par les élèves, au début et à la fin de l’année scolaire.

Au cours d’une année scolaire, les enseignants suivaient sept jours de formation portant notamment sur la notion de phrase, l’enseignement de l’écriture et « l’observation de phénomènes syntaxiques ».

[L]a notion de phrase est centrale dans la description de la langue et [elle] est propice à la mobilisation de nombreux autres concepts grammaticaux.

Les résultats obtenus aux tâches proposées montrent une amélioration de la compréhension de la notion de phrase chez les enseignants. Pour les chercheurs, ces résultats dénotent un besoin de formation continue en didactique de la grammaire chez les enseignants. Les résultats de l’étude montrent aussi une amélioration chez les élèves en ce qui concerne le jugement grammatical et la justification.

Le rapport à la grammaire des futurs enseignants de français

En outre, les enseignants et les élèves auraient utilisé de plus en plus d’arguments syntaxiques et de moins en moins d’arguments sémantiques ou d’autres types d’arguments pour justifier leurs réponses dans les tâches.

Ces résultats montrent que la capacité des élèves du primaire à porter un jugement de grammaticalité sur des énoncés et à le justifier s’améliore significativement entre le début et la fin d’une année scolaire (dans une moindre mesure en 1re année), ainsi que d’un niveau scolaire à l’autre.

[Consultez l’article]

Pour d’autres articles portant sur les recherches du Programme de recherche sur l’écriture et la lecture (PREL), consultez ce répertoire.

Référence principale

Lefrançois, P. Montésinos-Gelet, I. et Anctil, D. (2016). La conception de la phrase chez les enseignants et les élèves québécois du primaire », Lidil, 54, p. 75-91. http://lidil.revues.org/4056

 

Autres références

Lefrançois, P., Laurier, M., Lazure, R.&et Claing, R. (2008). Évaluation de l’efficacité des mesures visant l’amélioration du français écrit du primaire à l’université. Montréal, Canada : Office québécois de la langue française (Suivi de la situation linguistique, étude 9).

Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. (2012). Évaluation du Plan d’action pour l’amélioration du français. Québec, Canada : Gouvernement du Québec.

Image : © Shutterstock / v.schlichting

Dernière modification : 11 avril 2017.

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