Prévenir l’émergence de stéréotypes sexuels et raciaux chez les enfants : l’importance de bien choisir ses mots!

Plusieurs études montrent que les enfants commencent très tôt à voir le monde à travers la lunette des stéréotypes sociaux – qu’ils soient de nature sexuelle ou raciale. Comment se fait-il que les stéréotypes naissent si tôt dans l’esprit des enfants? Les recherches menées par Marjorie Rhodes, une professeure de psychologie de l’Université de New York, ont montré des résultats étonnants à ce sujet.

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Shutterstock / pathdoc

L’un des coupables : la généralisation

Empreints de bonne volonté, plusieurs parents tentent de prévenir le développement de stéréotypes chez leurs enfants en évitant des affirmations telles que « les garçons sont meilleurs que les filles en math ». Au lieu de cela, ces parents disent à leurs enfants que « les filles sont capables de faire tout ce qu’elles veulent! ». Or, la recherche de Rhodes , rapportée dans cet article de The Conversation, a montré que, pour un cerveau en développement, même ces affirmations positives peuvent avoir des conséquences non souhaitables.

Pour en venir à cette conclusion, Rhodes a réalisé quelques expérimentations pour le moins originales. L’une de ces expérimentations consistait à montrer à des enfants de 4 ans des photos d’un groupe de personnes fictif qu’ils ont nommé les « Zarpies ». Le groupe de Zarpies était composé d’hommes et de femmes de différentes nationalités et de différents âges.

Lors de l’expérimentation, la chercheuse montrait une personne (soi-disant une « Zarpie ») à la fois aux enfants. Lorsqu’ils voyaient une nouvelle personne, on faisait entendre à un groupe d’enfants des phrases se rapportant à des généralisations, telles que « Regarde ce Zarpie! Les Zarpies ont peur des insectes. ». En parallèle, un autre groupe d’enfants entendait des phrases qui ne comprenaient pas de généralisation comme « Regarde ce Zarpie! Ce Zarpie a peur des insectes. »

Quelques jours plus tard, la chercheuse a poursuivi l’expérimentation en montrant à tous les enfants une nouvelle photo en leur disant « Ce Zarpie parle en chuchotant ». Elle a alors constaté que les généralisations à propos des Zarpies avaient eu un effet étonnant sur les croyances des enfants : ceux qui avaient été exposés à ces généralisations avaient davantage tendance à croire que les autres Zarpies, même ceux d’ethnies, de religions ou de sexes différents présentaient le même trait (qu’ils parlaient eux aussi en chuchotant).

Nous croyons que les généralisations entendues auparavant ont préparé les enfants à développer de nouveaux stéréotypes au sujet des Zarpies.

En menant une autre expérimentation similaire auprès d’enfants de 5 ans, Rhodes a observé que les enfants ayant été exposés à des généralisations étaient moins enclins à partager leurs biens (des crayons à colorier) avec des gens qui ne faisaient pas partie de leur cercle social.

Pour les jeunes enfants, la façon dont on formule une idée serait donc plus importante que ce qui est dit. Les généralisations, qu’elles soient positives ou négatives, envoient le message qu’on peut dire comment une personne est en se basant sur des caractéristiques telles que son sexe, son ethnie ou sa religion. Le simple fait d’être exposé à des généralisations pourrait donc favoriser l’émergence de stéréotypes sociaux chez la future génération.

L’une des solutions : Mettre l’accent sur les individus plutôt que sur les groupes

Si un jeune enfant entend une phrase du genre « Les musulmans sont des terroristes », il ne comprend peut-être pas ce que cela signifie d’être musulman ou terroriste, mais il peut tout de même en tirer un apprentissage : que les musulmans sont une catégorie distincte de personnes et qu’il est possible d’affirmer qu’une personne est de telle façon en sachant qu’elle est de confession musulmane.

Selon la professeure de psychologie, utiliser un langage plus spécifique permettrait d’éviter ce glissement. Cela pourrait aussi avoir pour effet chez l’individu de confronter ses propres généralisations ainsi que celles des autres. La chercheuse propose une façon simple et naturelle de répondre aux affirmations empreintes de généralisation. Par exemple, si un enfant affirme que « Les garçons jouent de la guitare », il suffit de dire : « Oh? À qui penses-tu? Qui as-tu vu jouer de la guitare ce soir? (les enfants ont habituellement quelqu’un en tête). Oui, cet homme au restaurant jouait de la guitare ce soir, comme ton grand-père. »

La chercheuse soutient que ce genre de réponse guide les enfants à penser en termes d’individus plutôt que de groupes. La stratégie consisterait donc à demander aux enfants à qui ils pensent et à discuter avec eux de la situation spécifique qu’ils ont en tête.

Chaque interaction compte

Selon Rhodes, ce simple changement dans la façon de parler aux enfants a de l’importance, car les parents et les enseignants ne peuvent pas contrôler tout ce que les enfants entendent autour d’eux. Les tout-petits développent leur conception du monde minute après minute, et particulièrement lors de conversations avec des adultes importants dans leur vie.

En tant que parents et qu’intervenants, nous pouvons utiliser judicieusement le langage pour aider les enfants à apprendre à se voir eux-mêmes et à voir les autres en tant qu’individus.

En portant une attention particulière à leur façon de parler, les adultes signifiants aux yeux des enfants pourraient donc aider ceux-ci à développer des « habitudes de pensée » qui confrontent les stéréotypes.

[Consultez l’article]

Image : © Shutterstock / pathdoc

Dernière modification : 6 mars 2017.

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