L’apprentissage du vivre ensemble : Comment mieux former les enseignants à la diversité ethnoculturelle?

Dans une société qui présente une diversité ethnoculturelle, linguistique et religieuse, les enseignants jouent un rôle important dans l’apprentissage du « vivre ensemble » chez les citoyens de demain. Un groupe de travail interuniversitaire s’est penché sur la place accordée à cette diversité dans la formation des enseignants.

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Shutterstock / Rawpixel.com

Dans le cadre de leur formation, les enseignants sont amenés à développer douze compétences professionnelles. Comme le souligne Julie Larochelle-Audet dans son mémoire de maitrise, dans le programme actuel de formation à l’enseignement, certaines composantes de ces compétences professionnelles se rapportent, de façon plus ou moins explicite, à la diversité ethnoculturelle.

L’enseignant doit, par exemple, être en mesure de « transformer la classe en un milieu ouvert à la pluralité des perspectives dans un espace de vie commun » (composante 1.4).

Le Groupe de travail interuniversitaire sur les compétences interculturelles et inclusives en éducation, composé de formateurs de plusieurs universités québécoises, constate toutefois un manque de considération à l’égard des compétences interculturelles et inclusives dans le programme de formation à l’enseignement.

Dans un article publié dans la revue scientifique Éducation et francophonie, ce groupe de travail précise que la place accordée à la formation sur la diversité ethnoculturelle est inégale d’une université à l’autre.

Par exemple, les universités de la région de Montréal, étant situées dans un milieu pluriethnique, y consacreraient généralement un cours dans la formation des maitres, ce qui ne serait pas le cas pour l’ensemble des universités au Québec.

Un grand nombre d’enseignants et d’enseignantes obtiennent leur diplôme aujourd’hui sans avoir reçu de formation formelle relative à la diversité ethnoculturelle, à l’immigration ou encore au racisme.

Finalités des compétences interculturelles et inclusives

Le développement de compétences interculturelles et inclusives chez les enseignants poursuit deux principales finalités que l’on pourrait résumer ainsi :

  • Préparer les futurs citoyens « à mieux vivre ensemble dans une société pluraliste et à développer un monde plus juste et égalitaire » (Potvin et coll., 2015, p. 12)
  • Tenir compte des réalités des apprenants, « particulièrement celles des groupes minorisés » (Potvin et coll., 2015, p. 12)

Plusieurs savoirs peuvent faire l’objet de la formation interculturelle et inclusive des enseignants. Il peut, par exemple, s’agir de savoirs liés à l’histoire des inégalités sociales, aux « mécanismes d’inclusion-exclusion » comme le racisme et les discriminations, ou encore de savoir-être comme l’empathie et l’ouverture à la diversité ethnoculturelle.

Modalités proposées par le groupe de travail

Le groupe de travail propose deux façons (modalités) de bonifier la formation à l’enseignement pour faire une place plus évidente aux compétences interculturelles et inclusives.

Comme les universités s’appuient sur ce référentiel (la formation à l’enseignement) pour élaborer leurs programmes d’études en enseignement, accorder une place plus importante à la diversité ethnoculturelle dans ce référentiel pourrait faire augmenter l’offre de cours à ce sujet dans l’ensemble des universités de la province.

La première modalité proposée consiste à ajouter 21 composantes aux compétences déjà en place. Voici quelques exemples de composantes qui pourraient être ajoutées (l’intégralité des composantes sont présentées aux p. 184-185 de l’article de la revue Éducation et francophonie) :

  • (Compétence 1)
    « Développer une conscience professionnelle critique envers les savoirs, pratiques, attitudes et processus qui produisent ou reproduisent des situations d’exclusion et de discrimination en contexte éducatif »
  • (Compétence 3)
    « Préparer des situations d’enseignement-apprentissage permettant aux apprenants d’établir des liens entre leur vécu scolaire et leurs expériences et réalités ethnoculturelles, religieuses, linguistiques et migratoires. »
  • (Compétence 4)
    « Développer chez les apprenants une compréhension critique des enjeux de la diversité, des droits humains et de la participation démocratique. »
  • (Compétence 6)
    « Susciter un sentiment de justice, de confiance, de reconnaissance mutuelle et d’appartenance commune chez tous les apprenants et les amener à agir pour une école et une société plus égalitaires et exemptes de situations d’exclusion et de discrimination. »
  • (Compétence 12)
    « Agir comme modèle de justice sociale pour le développement d’une école et d’une société plus égalitaires et exemptes de situations d’exclusion et de discrimination. »

La deuxième modalité consiste à ajouter une 13e compétence professionnelle au référentiel existant. Cette compétence pourrait être formulée ainsi :

« Adopter des pratiques inclusives qui préparent les apprenants à vivre ensemble dans une société pluraliste et qui tiennent compte des expériences et réalités ethnoculturelles, religieuses, linguistiques ou migratoires des apprenants » (Potvin et coll., 2015, p. 40).

Les composantes de cette compétence ainsi que des exemples d’application sont également proposés par le groupe de travail (p. 187 de l’article).

Le groupe de travail émet toutefois une mise en garde à l’égard d’une intégration plus explicite des compétences interculturelles et inclusives à la formation à l’enseignement :

Si les modalités proposées visent, entre autres, à accroitre les chances d’épanouissement et de réussite éducative des élèves issus de l’immigration et de groupes minorisés, elles ne doivent en aucun cas conduire à les stigmatiser ou à les inférioriser.

[Consultez l'article de Éducation et francophonie]

[Consultez le rapport du groupe travail]

Pour aller plus loin :

Le RIRE vous suggère également :
L’école peut-elle aider à l’intégration des immigrés?

Image : © Shutterstock / Rawpixel.com

Dernière modification : 8 février 2017.

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Un commentaire

  1. Par Cool, Guylaine le 15 février 2017 à 10:55

    Tout simplement!

    Commentaire inapproprié ?

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