Le rapport à la grammaire des futurs enseignants de français

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Mis à jour le 31 Jan 2017

Lors de leur formation initiale, les étudiants en enseignement du français doivent à la fois s’approprier les savoirs grammaticaux et apprendre à enseigner ces savoirs. Mais dans quelle mesure y parviennent-ils? Selon des chercheurs, pour préparer adéquatement ces futurs enseignants, il importe de connaitre leur rapport à la grammaire et à la didactique de la grammaire.

grammaire-enseignants

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Une recherche menée par Isabelle Gauvin, professeure à l’UQAM, et son équipe visait à répondre aux trois questions générales suivantes :

  • Quels sont les savoirs en grammaire d’étudiants et de stagiaires?
  • Quels sont les savoirs en didactique de la grammaire d’étudiants et de stagiaires?
  • Quels rapports à la grammaire et à la didactique de la grammaire entretiennent-ils?

Pour répondre à ces questions, l’équipe de recherche a fait passer des questionnaires à 85 futurs enseignants de français. Les chercheurs ont aussi visionné des extraits vidéo des étudiants en train d’enseigner lors d’un stage.

L’analyse des données recueillies a permis de tirer plusieurs constats à propos des savoirs grammaticaux, des savoirs en didactique de la grammaire et des rapports à ces deux types de savoirs chez les futurs enseignants de français.

Les savoirs en grammaire des futurs enseignants de français

L’un des constats de l’équipe de chercheurs est que les savoirs grammaticaux des étudiants sont encore fragiles; notamment les notions de catégories et de fonctions syntaxiques.

À titre d’exemple, si la moitié des futurs enseignants sondés réussissaient à identifier les groupes du nom (GN) dans la phrase ci-dessous, la grande majorité ne parvenait pas à identifier la fonction de ces différents GN.

Les sensations fortes que procurent ces nouveaux manèges ont attiré un grand nombre de visiteurs à La Ronde cet été.

(Le questionnaire et les réponses sont disponibles à l’annexe 1 du rapport de recherche)

Les savoirs en didactique de la grammaire des futurs enseignants de français

Quelques constats de Gauvin et ses collaborateurs :

  • Pour enseigner la grammaire, les étudiants reconnaissent l’importance de contextualiser les apprentissages dans des activités d’écriture. Toutefois, en pratique, les stagiaires seraient plutôt portés à faire vivre aux élèves des activités de grammaire décontextualisées.
  • Les futurs enseignants préconisent également l’utilisation de « trucs » pour enseigner la grammaire.
  • Une majorité d’étudiants confondent les procédés inductifs et déductifs utilisés pour enseigner les savoirs grammaticaux et auraient de la difficulté à expliciter l’utilisation de ces procédés.
  • La phrase de base comme outil d’analyse des phrases (par exemple pour identifier la fonction d’un groupe du nom) semble relativement peu utilisée par les futurs enseignants.

[L]es résultats […] témoignent d’un décalage entre l’importance qu’ils accordent à ces principes et leurs pratiques effectives d’enseignement de la grammaire

Les rapports à la grammaire et à la didactique de la grammaire des futurs enseignants de français

  • Les futurs enseignants perçoivent d’un œil positif l’enseignement de la grammaire. Ils considèrent que la grammaire est utile pour maitriser l’écriture et pour mieux comprendre le fonctionnement de la langue.
  • La majorité des futurs enseignants estiment qu’ils possèdent des connaissances suffisantes (« satisfaisantes ou excellentes ») en grammaire. Les données recueillies dans le cadre de la recherche tendent toutefois à montrer que les étudiants en enseignement du français au secondaire ont une « confiance excessive en leurs savoirs grammaticaux ».
  • Pour les étudiants, il est important que les interventions utilisées pour enseigner la grammaire soient axées sur les manipulations syntaxiques ainsi que sur l’utilisation de la phrase de base comme outil d’analyse des phrases. Ils soutiennent également qu’il est important de privilégier une « démarche active de découverte » auprès des élèves. Or, les préoccupations didactiques des futurs enseignants se reflètent peu dans leur enseignement.

Ces constats nous amènent à penser que les futurs enseignants auraient une vision romantique de l’enseignement de la grammaire.

[Consultez le rapport de recherche]

Pour d’autres articles portant sur les recherches du Programme de recherche sur l’écriture et la lecture (PREL), consultez ce répertoire.

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  • Je crois qu’il est essentiel de modéliser les pratiques auprès des futur(e)s enseignant(e)s. Certains cours de premier cycle sont encore trop axés sur l’acquisition de notions en situation decontextualisé.
    Malheureusement, ce n’est pas suffisant pour développer notre comptétence de l’enseignement de la grammaire. Les étudiant(e)s ont besoin de modèles positifs pour changer de paragdigme.

    Lily
  • Voilà des constats fort utiles.

    Ils impliquent que les futurs enseignants ne possèdent pas les bases conceptuelles et notionnelles requises pour, ensuite, développer une didactique efficace de l’enseignement grammatical.

    Ils commandent du même coup que ces bases soient acquises en formation initiale au lieu d’initier les étudiants aux modèles émergents en didactique de pointe.

    Or, nous ne sommes pas à même enseigne , chercheurs et formateurs, en ce domaine et, sans caricaturer, les formateurs d’expérience préconisent l’assise des bases tandis que les chercheurs et leurs étudiants des 2e et 3e cycles, lorsqu’ils entrent précocement en formation, ont tendance à prôner l’appropriation des résultats les plus récents de la recherche.

    Le problème est alors que ces nouveaux savoirs probants, souvent instables, sont à des distances abyssales de la compréhension des futurs maîtres qui sans les basses conceptuelles et notionnelles ne peuvent pas plus les saisir qu’ils ne peuvent ultérieurement enseigner efficacement la grammaire.

    Il est impératif que chercheurs et formateurs se parlent!

    Patrick Daganaud