Apprendre le sens des mots : un défi pour plusieurs enfants

Comme adulte, on peut avoir l’impression qu’apprendre des mots nouveaux se fait de façon rapide, sans nécessiter d’enseignements explicite. Or, les résultats d’une recherche montrent que l’apprentissage du vocabulaire ne se fait pas si aisément chez les enfants, particulièrement chez ceux provenant de milieux défavorisés.

vocabulaire

Shutterstock / Ollyy

Cet article s’appuie sur la thèse doctorale de Danika Landry de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Des lacunes fréquentes

Il n’est pas rare que les enfants de milieux défavorisés présentent un retard sur le plan du vocabulaire, soit de la connaissance des mots et de leur sens. Au Québec, on estime que 17% des enfants du préscolaire présentent ce retard.

Les chercheurs ont établi qu’à partir de la 2e année du primaire, il existait un écart de 3000 mots entre les enfants avec le vocabulaire le plus étendu et le plus restreint.

Pour réduire cet écart langagier grandissant, il existe des programmes de stimulation verbale. Ces programmes consistent globalement à présenter des mots nouveaux aux enfants par l’entremise d’illustrations et de brèves définitions.

Ce type d’intervention est-il efficace? C’est ce qu’a cherché à savoir Danika Landry dans sa recherche doctorale dans laquelle elle s’est penché sur l’apprentissage du vocabulaire chez les enfants de milieux défavorisés.

Méthodologie

Une quinzaine d’enfants âgés de 5 à 6 ans se sont prêtés à l’exercice. 24 mots de classes grammaticales différentes (nom, adjectif et verbe) leur ont été enseignés lors de 8 séances d’intervention et d’évaluation individuelle. Des mots comme : splendide, exotique, manipuler, mijoter, habitant, obscurité, silhouette, agile.

Une intervention insuffisante

Selon les résultats de la recherche, ce type de stimulation ne serait souvent pas suffisant pour pallier les retards de vocabulaire d’enfants de milieux défavorisés. En effet, dans le cadre de l’expérimentation, les enfants avaient besoin de plusieurs séances d’enseignement pour apprendre le sens de la plupart des mots, et ce, indépendamment de la classe des mots (verbe, adjectif, nom).

Malgré les multiples explications qui ont été offertes, les enfants n’ont réussi à apprendre qu’une minorité de mots.

Ces résultats de recherche contredisent en quelque sorte la « théorie de la liaison rapide », selon laquelle l’apprentissage d’un mot se fait rapidement, sans qu’un enseignement ne soit nécessaire, lorsque l’enfant entend un mot et qu’il est en présence du référent de ce mot. Par exemple, l’enfant entend le mot « voiture » alors qu’il est en présence d’une voiture. Il établit ainsi un lien entre le mot et ce à quoi il réfère. Cette association entre le mot et son référent ne serait donc pas aussi facile à établir lorsqu’on tente de faire apprendre des mots à l’enfant à l’aide d’illustrations et d’explications verbales.

Comment expliquer cette difficulté à apprendre le sens des mots?

Comparativement à un enfant qui apprend rapidement le mot « chien » lorsqu’il se trouve en présence d’un chien, l’enfant peut avoir plus de difficulté à apprendre et mémoriser un mot dont le sens est un plus compliqué et dont le référent n’est pas présent (ex. : splendide, habitant). L’enfant peut notamment avoir de la difficulté à identifier précisément l’objet ou la caractéristique auquel le mot réfère, ou encore à synthétiser les définitions reçues et les illustrations présentées, puisque celles-ci peuvent être plutôt abstraites pour lui.

Des pistes à explorer

Landry croit que les programmes de stimulation verbale pourraient cependant être bonifiés par l’utilisation d’autres approches d’enseignement du vocabulaire, en faisant notamment usage du multimédia.

[Consultez la thèse]

 

Image : © Shutterstock / Ollyy

Dernière modification : 16 janvier 2017.

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Un commentaire

  1. Les orthophonistes sont les mieux positionnées pour conseiller les éducateurs, les enseignants et les parents qui désirent accroître le vocabulaire des enfants. En effet, l’orthophoniste est la spécialiste du langage et plusieurs projets de recherche en orthophonie ont démontré des stratégies d’intervention efficaces (ex. : https://cuitdanslebec.wordpress.com/2014/09/17/des-milliers-de-mots-a-lire-et-a-comprendre/). Egalement, le multimédia n’est pas toujours conseillé car certaines études indiquent que les livres numériques (ex. : ceux qui contiennent des images qui s’animent) distraient les enfants des interventions verbales de l’adulte.

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