Et si les neuropsychologues pouvaient aider les enfants ayant un trouble de langage

Depuis plusieurs années, les problèmes langagiers des enfants constituent un domaine important pour la recherche et l’éducation. Le terme trouble spécifique du langage est utilisé lorsque les problèmes de langage ne sont pas causés par des facteurs externes clairs, tels que la perte d’audition, des dommages neurologiques, la négligence ou un traumatisme émotionnel.

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Traduit et adapté de van Daal, Verhoeven and van Balkom (2009). Cognitive predictors of language development in children with specific language impairment (SLI). International Journal of Language & Communication Disorders. ISSN 1368-2822 print/ISSN 1460-6984 online.

Selon plusieurs auteurs, le développement du langage comprendrait des composantes distinctes, mais connexes telles que la phonologie, le lexique et la sémantique, la syntaxe, la pragmatique et la parole. Pour les enfants ayant des problèmes de langage, plusieurs études montrent également que ces différentes composantes langagières peuvent être distinguées. De plus, plusieurs études neurobiologiques récentes ont fourni la preuve que la mémoire à court terme joue un rôle important dans le développement du langage et qu’une capacité de mémoire à court terme limitée peut conduire à des problèmes de langage.

Qu’est-ce que le trouble spécifique du langage?

L’expérience en bref

Dans cet article, les chercheurs de l’Université Radboud, aux Pays-Bas, se sont intéressés aux rôles des facteurs cognitifs dans le développement du langage des enfants néerlandais ayant un trouble spécifique de langage. Ils ont suivi le développement du langage de ces enfants sur une période de deux ans et ont cartographié attentivement les composantes langagières qui présentent un retard, en tenant compte de :

  • l’influence des différentes composantes les unes sur les autres;
  • la relation des composantes langagières avec le développement des processus cognitifs au cours du développement du langage.

Les auteurs ont donc évalué la cognition et les capacités de mémoire à court terme de 97 jeunes néerlandais à cinq ans et à six ans. De plus, ils ont utilisé des tâches qui mesurent les principales composantes langagières mentionnées dans la littérature sur le développement du langage et les troubles de langage, soit la production de la parole, la phonologie, les connaissances lexicales sémantiques et les compétences syntaxiques.

Les résultats

  • Les enfants, à 5 et 6 ans, montrent des retards importants et persistants à toutes les tâches évaluant le langage par rapport aux échantillons de référence.
  • Les enfants de l’étude ne montrent pas de retard significatif sur le plan de l’intelligence générale.
  •  Ils montrent un retard important à la tâche de mémoire de chiffres qui évalue la mémoire auditive à court terme.
  • Les résultats fournissent un appui empirique à des composantes langagières distinctes pour les enfants ayant des problèmes de langage. Les composantes détectées (la phonologie, le lexique-sémantique, la syntaxe et la production de la parole) se sont révélées être stables et interdépendantes.
  • La mémoire à court terme a montré de solides relations avec la syntaxe et des relations moyennes avec les autres composantes. La capacité intellectuelle a montré des relations faibles à moyennes avec trois des quatre composantes du langage, mais aucune relation avec la production de la parole.

Conclusions

Le développement du langage des enfants néerlandais, âgés de 5 et 6 ans, ayant un trouble spécifique de langage semble être divisé en quatre composantes langagières. Ces composantes langagières se sont avérées être très stables dans cet échantillon et correspondent aux composantes langagières identifiées dans des études récentes sur le développement du langage chez les enfants ayant un trouble spécifique de langage.

La mémoire auditive à court terme se révèle jouer un rôle important dans l’acquisition du langage des enfants ayant un trouble spécifique du langage. Une évaluation neuropsychologique plus approfondie devrait être réalisée dès que possible auprès des enfants ayant un problème de langage plus sévère et étendu. L’existence de tels déficits nécessite une intervention neuropsychologique spécifique.

Selon les chercheurs, le traitement des enfants ayant des retards importants dans une ou plusieurs composantes langagières ne devrait pas avoir pour but d’améliorer seulement la composante ayant le plus grand retard, mais aussi la stimulation du développement des composantes connexes. Cela peut inclure non seulement d’autres composantes du langage, mais aussi des composantes neurocognitives.

Un changement cognitif lié à une augmentation de la conscience du traitement du langage se produit éventuellement autour de l’âge de cinq ans chez les enfants ayant un trouble spécifique de langage. À cet âge, les enfants semblent devenir plus conscients de leur apprentissage. Il est donc important que les thérapeutes et les enseignants soient conscients de ce changement. Jusqu’à l’âge de cinq ans, les efforts de réadaptation devraient être essentiellement indirects tandis que pour les enfants âgés d’environ cinq ans, une thérapie de type direct peut souvent être entreprise en tenant compte des capacités de chaque enfant.

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Dernière modification : 5 avril 2016.

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