Les pratiques fondées sur l’autorégulation à l’école

Stuart Shanker, professeur à l’Université York, dédie depuis plusieurs années ses travaux de recherche au concept d’autorégulation. Cet expert se penche actuellement sur les « stresseurs cachés » que rencontre un enfant en contexte scolaire. Pour Shanker, tenir compte des facteurs de stress qui entourent l’apprentissage pourrait amener les enseignants à changer leur perception du comportement des élèves et des difficultés qu’ils rencontrent.

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Shutterstock / Syda Productions

Cet article est une adaptation libre du texte publié sur le site Web de Canadian Education Association.

L’évolution du concept d’autorégulation

Il y a quelques années, Shanker associait étroitement le concept d’autorégulation à celui de régulation des émotions, c’est-à-dire la capacité à gérer les réactions émotives, qu’elles soient positives ou négatives. On associait par exemple le fait d’être surexcité à une réponse émotive. Or, au fil de ses recherches et en approfondissant les travaux du chercheur Steve Porges sur les mécanismes biologiques associés à l’autorégulation, Shanker associe aujourd’hui l’hyperexcitation à une réponse plus physiologique qu’émotive.

Auparavant, l’autorégulation consistait principalement à trouver un équilibre entre la surstimulation et la sous-stimulation – l’habileté à se concentrer calmement tout en étant dans un état d’éveil lors d’une activité d’apprentissage. Aujourd’hui, Shanker définit davantage l’autorégulation comme l’habileté à gérer le stress.

Si les concepts de surstimulation et de sous-stimulation demeurent primordiaux pour le chercheur, ce dernier explique qu’il était difficile de les réinvestir en pratique, puisque les enseignants et les parents n’étaient pas familiers avec ces termes et n’étaient pas en mesure de les traduire en actions. Aujourd’hui, Shanker tente plutôt d’aider les gens à comprendre l’effet du stress sur leur propre fonctionnement.

Le stress brûle de l’énergie et réduit la quantité d’énergie disponible pour se concentrer, sélectionner l’information, gérer les interactions sociales, contrôler son comportement et ses émotions, démontrer de l’empathie, et, ultimement, apprendre.

Selon lui, il est important que les enseignants aient la conviction que si un enfant a de la difficulté à apprendre, cet enfant vit du stress, et qu’il est possible de changer cette situation. Ainsi, l’un des rôles les plus importants de l’enseignant serait d’agir sur les éléments qui entrainent du stress chez l’enfant.

Anxiété et pleine conscience : la pratique en classe

Quels aspects de l’autorégulation les éducateurs peuvent-ils facilement mettre en pratique?

Il existe différentes façons de gérer une classe en tenant compte des « stresseurs cachés ». Les enseignants qui ont collaboré avec Shanker ont développé des stratégies pour réduire le bruit (mettre des tapis sur le sol, des balles de tennis sous les pattes de chaises, etc.), réduire les distractions visuelles (ex. : poser moins d’affiches aux murs, utiliser des rideaux pour cacher le matériel rangé dans les étagères), et créer des microenvironnements – des espaces alternatifs pour les enfants comme des bureaux debout ou des tentes pour délimiter un endroit paisible où les enfants peuvent se retirer. Selon le chercheur, la somme de ces éléments pourrait faire une différence dans une classe en l’espace de peu de temps.

Les enseignants peuvent aussi inclure des activités d’autorégulation dans la routine de classe, comme des moments d’activité physique, qui permettent d’augmenter le rythme cardiaque, de diminuer les tensions dans le corps et de favoriser le fonctionnement optimal du cerveau. Sur le plan de la gestion des comportements, intégrer l’autorégulation en classe, c’est aussi chercher à identifier les « stresseurs » qui sous-tendent les comportements dérangeants d’un élève.

Nous aspirons à changer la façon dont les gens perçoivent le développement des enfants – leur comportement et la façon dont ils apprennent, en les amenant à se questionner sur l’impact du stress chez les jeunes

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La posture adoptée par Shanker est diamétralement opposée à celle prônant une politique de « tolérance zéro ». Aux personnes qui utilisant cette ligne de pensée pour gérer un groupe, le chercheur demande : « Cela fonctionne-t-il pour vous? »

[Consultez l’article]

Dernière modification : 30 mars 2016.

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