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La gouvernance de l’apprentissage en famille au Québec : une solution

Un rapport d’enquête du Protecteur du citoyen sur la scolarisation à la maison a été publié le 28 avril dernier. Il demandait au ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de donner suite à ses recommandations concernant l’encadrement et le suivi des enfants scolarisés à la maison. Une des principales difficultés identifiées par l’enquête est la rupture de communication entre plusieurs parents et les instances scolaires, attribuée en bonne partie à un manque d’expérience et d’expertise de part et d’autre pour établir la nécessaire collaboration entre eux.

Dans ce contexte, il apparaît important de faire connaître rapidement la solution proposée par un comité d’experts « de terrain ».

parent-école

par Christine Brabant, Université de Montréal

Ce comité, composé de parents-éducateurs de longue date ayant un rôle de coordination auprès des familles et d’acteurs scolaires engagés et expérimentés dans le suivi de ces familles, participe à une recherche visant à formuler des propositions pour la gouvernance de l’apprentissage en famille au Québec, qui soient acceptables autant du point de vue des parents-éducateurs que de celui des acteurs scolaires.

Voici une partie des résultats préliminaires de cette recherche, décrivant la solution proposée par ce comité.

La solution proposée

Les participants à ce projet ont développé une proposition de solution pour la gouvernance de l’apprentissage en famille au Québec. Cette proposition prévoit un dispositif central d’orientation, des dispositifs régionaux de collaboration et d’encadrement, des modalités d’évaluation ainsi qu’une offre de soutien.

Le dispositif central d’orientation

Les participants souhaitent unanimement la mise sur pied d’un dispositif central d’orientation au MEESR. Ce dispositif conjuguerait trois instances :

    • une table de concertation ad hoc pour la mise sur pied de ces nouvelles mesures, composée de représentants, de spécialistes et d’experts de la scolarisation à la maison ;
    • un comité représentatif permanent au ministère, constitué d’acteurs scolaires, de représentants des parents-éducateurs ainsi que d’experts, chargé de gérer, superviser et conseiller les acteurs régionaux ;
    • le soutien de chercheurs universitaires.

Des dispositifs de gestion et de collaboration

Le comité considère que la gestion de la scolarisation à la  maison et la collaboration avec les familles bénéficieraient de la création d’un secteur distinct au sein du système scolaire, d’un regroupement régional des ressources et d’un encadrement mieux organisé. La gestion régionale (plus large que les commissions scolaires actuelles) permettrait de créer un partenariat et un dialogue avec les groupes de soutien régionaux d’apprentissage en famille.

Ainsi, le comité souhaite une prise de responsabilité à l’égard du secteur de la scolarisation à la maison. Ils ainsi souhaitent libérer les commissions scolaires et les intervenants responsables de la scolarisation à la maison qui refusent d’assumer cette responsabilité, par désintérêt ou par conscience d’un conflit d’intérêts contraire à leur éthique professionnelle. De plus, une gestion à l’échelle régionale permettrait de réunir les ressources (matérielles, financières et humaines) dévolues à cette pratique et de développer une expertise.

Aussi, une école-pôle par région pourrait être désignée pour partager ses locaux et son matériel éducatif avec les enfants scolarisés à la maison.

Les modalités d’évaluation

Le comité recommande que des évaluateurs externes (non scolaires et autres que les parents eux-mêmes) soient chargés de l’évaluation et du soutien des familles, faisant partie d’un secteur distinct, spécialisés dans l’apprentissage en famille et acceptés par les deux parties.

Les participants se sont entendus sur les modalités de l’évaluation qu’exige la Loi sur l’instruction publique. Selon eux, seuls devraient être évalués les apprentissages de l’enfant dans la langue d’enseignement et les mathématiques, en se référant aux programmes ministériels et ce, pour les raisons suivantes: d’une part, il est trop exigeant pour les acteurs scolaires d’évaluer aussi les autres matières ; d’autre part, les parents-éducateurs souhaitent pouvoir moduler ces autres matières en fonction de leur projet éducatif.

Seul l’enfant dont les parents souhaitent qu’il obtienne un diplôme d’études secondaires devrait faire évaluer ses apprentissages, en 4e et 5e secondaire,  dans les autres matières faisant partie des conditions d’obtention du diplôme. De même, celui qui vise une formation professionnelle ou technique devrait avoir accès aux évaluations lui permettant d’obtenir les unités nécessaires à sa qualification dans les matières et les niveaux concernés.

Les outils d’évaluation seraient les suivants :

    • la remise d’un projet éducatif par les parents-éducateurs ;
    • la présentation d’un portfolio de l’enfant ;
    • des rencontres ou des entrevues.

Les ressources

Le comité considère que des ressources scolaires existantes devraient être partagées avec les enfants éduqués en famille, alors que d’autres devraient être adaptées ou créées pour eux. Ainsi, il recommande de rendre possible l’accès aux différentes ressources écrites (programmes, situations d’enseignement-apprentissage, épreuves des années antérieures, etc.) et aux ressources immobilières (locaux, bibliothèques, laboratoires, gymnases, etc.). Par ailleurs, des ressources existantes pourraient facilement être adaptées pour soutenir les enfants scolarisés à la maison :

    • le service d’aide aux devoirs  «Allô prof» pourrait leur offrir une réponse de jour ;
    • la formation à distance pour les études secondaires, actuellement permise seulement à partir de 16 ans, pourrait être ouverte aux jeunes qui font leur secondaire à la maison ;
    • les enfants pourraient être invités à se joindre au réseau des Écoles éloignées en réseau.

Enfin, certaines ressources spécifiques pour l’apprentissage en famille pourraient être développées : des rencontres d’information pour les parents par un responsable régional, un soutien financier pour l’achat de matériel éducatif, ainsi que la publication des informations et des ressources officielles pertinentes sur les sites internet du ministère et des commissions scolaires.

Conclusion

Pour apprécier cette proposition de solution pour la gouvernance de l’apprentissage en famille au Québec, il faut savoir que seules ont été retenues les suggestions jugées acceptables ou idéales pour l’ensemble des participants. Un consensus était visé afin de pallier au problème de la rupture de communication entre le système scolaire et un grand nombre de familles concernées. Pour ce faire, les «experts de terrain» ont accepté de délaisser certaines de leurs préférences et certains de leurs idéaux pour le bénéfice d’une collaboration efficiente, profitable à l’enfant, à la famille et à la société. Cette collaboration efficiente a été rendue possible par un retrait des éléments conflictuels, pallié par d’autres stratégies; par des efforts consentis pour rejoindre l’autre partie dans ses attentes, sa vision de l’éducation et sa réalité; par la reconnaissance des structures de l’apprentissage en famille et du champ d’action des acteurs scolaires; par l’augmentation des bénéfices liés aux efforts de collaboration; par une vision élargie de l’éducation des jeunes et de son évaluation; et surtout, par une focalisation sur les éléments jugés à la fois importants et consensuels.

Les résultats préliminaires de cette étude pourront nourrir le dialogue du MEESR et du Protecteur du citoyen et éventuellement être vérifiés avec un groupe plus large. Considérant la croissance du mouvement d’apprentissage en famille, ils pourront aussi contribuer à la réflexion et à la formation des instances scolaires et des parents-éducateurs, au Québec et dans les autres pays où se développe ce mouvement.

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[Références]

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