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Récompense à l’effort : les deux côtés de la médaille

Cela semble une évidence même : offrez aux enfants une récompense pour se présenter à l’école et leur fréquentation va grimper. Une étude récente de la troisième année du primaire conduite dans un bidonville en Inde suggère toutefois que les régimes d’incitation peuvent faire plus de mal que de bien.

récompense

Publiée par la Hong Kong University of Science and Technology, l’étude s’est intéressée à près de 800 élèves de 9 ans vivant dans certains des quartiers les plus pauvres de la ville d’Ahmedabad. Ceux-ci fréquentaient différentes écoles au haut taux d’absentéisme; près du quart des élèves ne se présentent pas en classe au quotidien.

Le défi

Sur une période prédéfinie de 38 jours, les enfants se présentant à au moins 32 jours, soit 85 % du temps, se méritaient un cadeau spécial : deux crayons et une efface. Selon Sujata Visaria, économiste et coauteure de l’étude, la perspective de remporter le prix était source de motivation pour ces enfants des bidonvilles.

Les résultats conformes aux attentes

Il en ressort que pendant les 38 jours, les élèves étaient presque deux fois plus susceptibles d’assister aux cours. L’effet a été particulièrement prononcé chez les enfants dont le niveau de participation était le plus bas avant le début du programme de récompense. Ils étaient désormais 2/3 fois plus susceptibles de venir en classe.

En comparaison, les enfants dont le niveau de participation était le plus élevé avant le programme de récompense ont également amélioré leur présence, mais dans une moindre mesure : ils étaient 1/8 fois plus susceptibles de venir en classe.

Jusqu’alors, tout cela semblait logique pour Visaria qui s’attendait à ce que le programme de récompense soit plus efficace chez les élèves qui ne possédaient pas déjà une motivation intrinsèque pour l’école.

L’efficacité d’une récompense dépend du moment où elle est obtenue

Des retombées qui étonnent

C’est en continuant les observations que d’étonnantes retombées ont été documentées. Les chercheurs ont analysé trois différents cas de figure :

  • Les enfants dont le taux de participation était le plus élevé pré-programme : ils sont revenus à leur ligne de base.
  • Les enfants dont le taux de participation était le plus bas pré-programme mais qui ont augmenté leur présence en classe de façon appréciable pour se mériter le prix : ils sont également revenus à leur ligne de base.
  • Les enfants dont le taux de participation initial était le plus bas et qui n’ont pas su relever le défi : ils étaient désormais seulement environ un quart plus susceptible de se présenter en classe. Plus de 60 % des enfants au plus haut taux d’absentéisme entraient dans cette catégorie.

Le programme de récompense aurait eu pour effet de mettre en évidence le faible taux de présence de ces élèves, leur faisant possiblement perdre le tant soi peu de motivation qu’ils avaient au préalable.

De plus, à la suite de l’expérimentation, ceux-ci étaient moins susceptibles de se sentir confiants par rapport à leurs habiletés scolaires.

Des remords post-étude

Pour l’experte, ces résultats sont aussi inattendus que décontenançants. Bien que Visaria et son équipe se soient préparés à l’éventualité que le programme de récompense ne s’avère pas particulièrement efficace ou que ses effets positifs ne durent pas, jamais ils n’auraient pensé qu’il pourrait empirer la situation de certains élèves.

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Dernière modification : 22 juin 2015.

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2 commentaires

  1. Par jean-jacques le 26 juin 2015 à 3:50

    Professeur de philosophie actif dans une structure expérimentale de raccrochage d’élèves de première et terminale à Paris, mais aussi simplement doté d’un cerveau à peu près éveillé, je ne suis pas du tout étonné par les résultats de cette opération. Si vous laissez entendre à quelqu’un que sa présence est « achetée », en exagérant un peu, par la remise d’une gratification matérielle en l’occurrence unique, vous le conduisez à venir une fois. Déjà ce serait mieux si par exemple, je précise que je n’ai aucune idée des conditions matérielles et institutionnelles de la vie de ces élèves, vous leur assuriez un repas gratuit régulier à midi en échange de leur présence dès l’heure de début de matinée et jusqu’à l’heure du déjeuner. Mais dans le fond, la motivation efficace ne peut être que le sens de la présence active en classe, le sentiment que ça sert à quelque chose, que c’est plaisant, qu’on est accueilli avec humanité, etc.
    Excusez-moi de développer de pareilles évidences!

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  2. Par Bourque Jean le 1 juillet 2015 à 9:05

    Nous avons tous des renforcements extrinsèques (récompenses) dans notre vie, salaire, remarques positives des pairs, etc. L’utilisation de la récompense est utile lorsque bien dosée (1) et non pas présentée comme un chantage mais comme une conséquence positive à court terme, particulièrement avec les enfants en grandes difficultés sur le plan de la motivation intrinsèque. Autre point important, lorsque l’enfant obtient sa récompense, il est important de faire un retour sur le processus. C’est-à-dire, revenir sur le « comment » l’enfant s’y est pris pour avoir cette récompense et l’amener à prendre conscience de la fierté d’avoir fait les efforts nécessaires pour arriver à son but. Ceci, de façon à faire un lien avec la motivation intrinsèque.
    (1) Éviter de promettre des récompenses irréalistes ou disproportionnées, par exemple, une bicyclette, un téléphone cellulaire. Faire plutôt choisir des activités plaisantes à faire ensemble. Favoriser une méthode sous forme de points pour arriver à la récompense. Ceci permet de faire un lien entre la persévérance et le résultat.
    Rappelez-vous: revenir sur le processus lorsque l’enfant a obtenu sa récompense. Certains enfants auront besoin de passer par ce stade de renforcements extrinsèques pour arriver à un autre niveau de motivation.

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