Enseigner l’art d’argumenter par le dialogue

Texte traduit et adapté de Why Argue? Helping Children See the Point, publié sur le site de Association for Psychological Science le 11 mars 2011

Devant la difficulté manifeste qu’éprouvent certaines personnes à argumenter adéquatement, Deanna Kuhn et Amanda Crowell de l’Université Columbia ont mis sur pied un programme scolaire qui encourage le développement de la capacité à construire et à exprimer ses idées. Selon leurs résultats, publiés dans Psychological Science, un journal de l’Association for Psychological Science, le dialogue serait une meilleure avenue que l’écriture pour développer efficacement ces capacités. Kuhn explique ce résultat par le fait que les enfants apprennent à parler bien avant d’écrire, ce qui ferait de la parole le moyen d’expression le plus naturel.

Kuhn et Crowell ont mené cette étude auprès de 48 élèves américains de 6e année. La plupart d’entre eux étaient Hispano ou Afro-américains et provenaient de milieux défavorisés. Ces jeunes ont été suivis par les chercheurs sur une période de trois ans.

Un groupe témoin de 23 élèves recevait un enseignement traditionnel tandis que les autres devaient se réunir en petits groupes pour discuter de divers sujets. Les sujets proposés étaient proches de la réalité des jeunes, par exemple l’école, puis devenaient plus généraux et liés à des enjeux sociaux, tels que l’avortement ou le contrôle des armes à feu. À la suite de ces discussions, chacun se positionnait par rapport aux sujets.

Des débats étaient organisés entre les personnes dont les opinions divergeaient. Selon les chercheurs, ces débats avaient toujours lieu par le biais d’ordinateurs, le dialogue à l’écran incitant à davantage de réflexion et à moins d’impulsivité. On demandait également aux élèves de formuler des questions dont les réponses auraient pu les aider à forger leur opinion et à construire leur argumentation. Les chercheurs ont vite remarqué que les jeunes avaient beaucoup de questions, mais qu’ils souhaitaient aussi faire les recherches nécessaires pour y répondre.

Finalement, les élèves devaient écrire un texte argumentatif qui justifiait leur opinion par rapport au sujet. Quant au groupe témoin, il assistait à des cours magistraux portant sur ces mêmes sujets ou à des discussions dirigées par l’enseignant. Les élèves du groupe témoin devaient eux aussi écrire un texte argumentatif exprimant leur opinion.

Les élèves des deux groupes ont écrit une dizaine de textes chaque année, dont un sur un sujet qui n’avait pas été abordé en classe. C’est à partir de ce texte que les chercheurs ont analysé la capacité d’argumenter des deux groupes. Ils se sont basés sur le nombre d’arguments, la capacité à décrire tous les aspects d’un sujet (même ceux avec lesquels ils étaient en désaccord), et l’habileté à présenter des arguments qui pourraient servir à défendre diverses opinions sur un même sujet.

Les chercheurs affirment que les élèves du premier groupe ont présenté des arguments qui avaient plus de substance et de pertinence que les élèves du groupe témoin. Cela montre que le fait de discuter au sein d’un petit groupe, de débattre avec ses pairs et de défendre son opinion sont d’excellents moyens pour développer la capacité à construire et à exprimer une argumentation claire et efficace.

Kuhn ajoute à la blague que le seul défaut de cette démarche est qu’elle est très bruyante et que les classes voisines n’apprécient pas toujours. Mais avec de bons arguments, les élèves pourront sans doute convaincre leurs camarades de l’importance de ces discussions !

Dernière modification : 5 janvier 2015.

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