La pensée critique est considérée par l’UNESCO (2006) comme une compétence nécessaire afin de faire face avec efficacité aux défis du 21e siècle. Dans son rapport à l’UNESCO, Delors (2006: 47) souligne clairement que le développement de la pensée critique est essentiel pour favoriser «une véritable compréhension des évènements», principalement dans le monde moderne où ceux-ci gagnent en complexité.
Le Programme de formation de l’école québécoise fait souvent référence à l’exercice de la pensée critique. On retrouve, par exemple, la pensée critique dans l’intention éducative et les axes de développement du domaine général de formation « Médias » (MEQ, 2001: 48-49). Dans ce contexte, le MEQ indique clairement que les élèves devraient non seulement être en mesure de distinguer les différentes sources d’information, mais aussi et surtout être conscients que toutes ne présentent pas une valeur épistémologique équivalente. Il s’ensuit que les enseignants doivent créer des conditions permettant aux jeunes d’exercer leur pensée critique en regard des différentes sources d’information, notamment sur Internet puisqu’il s’agit d’un lieu privilégié par les jeunes pour communiquer, échanger, lire, partager… Or, pour y arriver, les enseignants doivent eux-mêmes disposer des outils leur permettant d’adopter des conduites critiques face à l’information disponible sur Internet. Est-ce le cas?
Autour de cette question, nous vous proposons un dossier en quatre sections. Nous expliquerons d’abord l’importance réelle d’Internet dans la vie des jeunes en faisant référence à quelques recherches récentes. Nous puiserons ensuite dans les écrits traitant de l’esprit critique pour expliquer précisément en quoi consiste l’exercice du jugement critique en regard de l’information. Dans la troisième section, nous résumerons les résultats d’une recherche menée au Québec qui a exploré les compétences critiques des futurs enseignants afin d’illustrer le chemin à faire dans ce domaine. Finalement, dans la quatrième section, nous vous proposerons des références et des résumés de recherche que nous jugeons pertinentes et susceptibles de contribuer à votre réflexion. L’ensemble devrait constituer un bon premier contact avec cette problématique.
Bonne lecture!
Patrick Giroux, professeur, Université du Québec à Chicoutimi
Mathieu Gagnon, professeur, Université du Québec à Chicoutimi
Josiane Cornut, étudiante, Université du Québec à Chicoutimi
Stéphanie Lessard, étudiante à la maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi
I – L’importance réelle d’Internet dans la vie des jeunes d’aujourd’hui
Plusieurs études menées récemment en Europe et en Amérique permettent de mieux appréhender l’importance réelle d’Internet dans la vie des jeunes d’aujourd’hui.
En France
En France, l’enquête « Moi et les écrans » réalisée dans un collège Français en 2010 visait « à mettre en lumière le rapport qu’ont les jeunes aux écrans » . Parmi les 614 participants, 99% ont confirmé qu’il y a au moins un ordinateur relié à Internet à la maison. Dans tous les « écrans » visés par cette enquête (ordinateur, Internet, télévision, console de jeux vidéos, téléphones portables multifonctions), le Web arrive clairement premier avec une consommation hebdomadaire moyenne de 8h15 et le temps passé à naviguer augmente continuellement entre 11 et 15 ans [...]
Au Québec
Au Québec, le CEFRIO a aussi mené une étude centrée sur les jeunes de 12-24 ans qu’il a surnommé la « génération C », parce qu’ils utilisent Internet pour « Communiquer, Collaborer et Créer ». Cette étude a mis en valeur l’importance des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour les jeunes québécois et les impacts de ces dernières sur leurs modes de vie. Réalisée en 2008, elle a confirmé que plusieurs d’entre eux possédaient alors un ordinateur de bureau (64%) ou un ordinateur portable (19% des 12 à 17 ans et 58% des 18-24 ans) et qu’ils ont souvent accès à un téléphone cellulaire (39% des 12 à 17 ans et 73% des 18-24 ans). L’objectif principal de cette étude était de vérifier si l’usage des technologies variait d’une génération à l’autre et si les jeunes québécois étaient différents des jeunes d’ailleurs.
II – L’exercice de la pensée critique
Actuellement, le concept de pensée critique est à la mode en enseignement et notre recherche sur la banque de données ERIC en témoigne. En effet, à partir des mots clés «critical thinking», on aboutit à plus de 60 000 résultats!
Bien que nous nous réjouissons de l’intérêt de plus en plus marqué envers le développement de la pensée critique, nous relevons assez rapidement la diversité des appellations dont elle fait l’objet. En effet, il est tantôt question de pensée critique, tantôt de jugement critique ou d’esprit critique. D’autres font aussi référence aux compétences, aux pratiques ou aux conduites critiques que l’on peut adopter ou développer. Cette diversité n’est pas sans jeter, parfois, un flou conceptuel dans les écrits. Aussi, les moyens pédagogiques dont nous disposons pour développer la pensée critique sont variés et dépendent en quelque sorte tant du contexte — notamment disciplinaire — dans lequel nous œuvrons, que de notre propre conception de la pensée critique.
Le Québec ne fait pas exception face aux mouvements des concepts à partir desquels nous avons tenté de désigner et de comprendre la pensée critique. De fait, alors qu’au moment des États généraux de 1995 le terme utilisé était celui d’esprit critique, le Programme des programmes parlait quant à lui de pensée critique, tandis que le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) s’articulait autour de la notion de jugement critique comme compétence transversale. En ce sens, notons que plus récemment, le terme «compétence transversale» a été rayé du PFEQ par le décret 712-2010 du 20 août 2010. Néanmoins, le jugement critique demeure central, puisqu’il figure toujours au rayon des éléments d’évaluation.
III – Et parmi les futurs enseignants québécois?
Internet occupe donc une place de choix dans la vie des jeunes. Selon leur point de vue, Internet est un lieu privilégié pour communiquer, échanger, lire, partager… Les jeunes reconnaissent avoir besoin de formation dans ce domaine. Or, c’est sur les enseignants que repose le fardeau de créer des conditions qui permettront aux jeunes d’exercer leur pensée critique en regard d’Internet. Pour y arriver, les enseignants doivent eux-mêmes disposer des outils leur permettant d’adopter des conduites critiques et, comme on l’a présenté à la section précédente, ce n’est pas un processus simple.
Présentation sommaire de la recherche
Une recherche exploratoire a été menée à l’UQAC. Elle avait comme objectif général d’étudier les pratiques critiques des futurs enseignants à l’égard d’Internet afin d’évaluer la situation locale.
Une méthode prévoyant trois grandes étapes a été utilisée pour y arriver. D’abord, un groupe de futurs enseignants a été soumis à une tâche pratique de recherche et d’évaluation d’informations sur Internet. Le sujet de cette recherche (Barrières et facilitateurs de l’intégration des TIC à l’école) était imposé et il était fort peu probable qu’un des étudiants le maîtrise déjà. Des entrevues semi-dirigées ont ensuite été conduites afin d’identifier les principaux critères utilisés par les futurs enseignants pour juger l’information. Un questionnaire a finalement été élaboré à partir des résultats des entrevues. Il a été utilisé afin de recueillir rapidement de l’information concernant un grand nombre d’étudiants en éducation.
IV – La recherche ailleurs et dans d’autres contextes
Les auteurs du dossier présentent dans cette section 8 résumés d’articles de recherche qui pourront intéresser les acteurs du milieu de l’éducation.
Dossier complémentaire
Le chercheur Patrick Giroux et son équipe ont publié un dossier complémentaire en collaboration avec le Carrefour-Éducation et l’Infobourg.
[Lire le dossier sur Carrefour-Éducation]
[Télécharger le dossier intégral (PDF)]
Dernière modification : 29 mars 2011.



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Le propos de votre article est très intéressant. Il délimite bien l’ampleur du phénomène. J’aimerais cependant que vous partagiez davantage vos connaissances en ce qui a trait à la manière dont il faut s’y prendre, d’un point de vue pédagogique, pour développer la capacité à évaluer l’information en ligne. Quelles sont les initiatives prises en ce sens par les chercheurs (vous et les autres) pour améliorer l’enseignement dans ce champs très spécifique ?
Vicky Potvin, enseignante
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Bonjour Mme Potvin,
Je vous offre une réponse en 3 volets.
Je peux d’abord vous dire que nous avons préparé un long dossier sur le même sujet, mais plutôt orienté sur le « comment ». Il sera accessible gratuitement par tous les enseignants et il inclut deux exemples ou analyses de cas. Il sera publié sur le site Carrefour-Éducation.qc.ca prochainement. La publication de ce dossier est hors de mon contrôle, mais vous le trouverez fort probablement dans la section « dossiers, » accessible depuis la page d’accueil.
Plus personnellement, j’ai ajouté un scénario pédagogique relativement simple à mon cours en technologie éducative. Il s’inspire de la première partie de celui disponible sur le site Éducation-Médias (http://www.media-awareness.ca/francais/ressources/educatif/activities/secondaire_3-5/internet/tu_vois_je_vois.cfm). Nos futurs enseignants sont donc un peu mieux préparés.
Finalement, j’ai fait de ce sujet l’une de mes priorités pour les prochaines années. Cette problématique sera, entre autres, au coeur de mes activités. J’écrirai, par exemple, une demande de subvention pour organiser une collecte de données beaucoup plus large et mieux organisée. De nouvelles activités de collecte de données sont aussi en cours de préparation auprès d’enseignants québécois et européens pour tenter de mieux comprendre comment former les enseignants et les plus jeunes à résoudre les problèmes informationnels sur Internet.
Mon collègue Mathieu s’intéresse à l’esprit critique de façon plus large que moi. Il fait de la recherche et des interventions dans quelques écoles en lien avec d’autres situations nécessitant la mise en oeuvre de pratiques critiques. Je vais lui demander de répondre à votre commentaire. Il aura peut-être d’autres éléments à ajouter.
PAt
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J’ai bien hâte de lire votre dossier. Pour l’instant, le lien http://www.media-awareness.ca/francais/ressources/educatif/activities/secondaire_3-5/internet/tu_vois_je_vois.cfm ne semble pas fonctionner.
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[...] http://rire.ctreq.qc.ca/2011/03/developper-des-pratiques-critiques-sur-internet/ [...]
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Nous venons de publier un dossier plus didactique sur le même sujet sur le site du Carrefour-Éducation: Voici le lien vers la version PDF: http://carrefour-education.qc.ca/files/images/dossiers/Jugement_critique_complet.pdf
PAt
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Compte tenu des décisions éditoriales, les éléments sur les pratiques critiques ont été réduits à leur stricte minimum à l’intérieur de ce texte. Ainsi, pour tous ceux et celles qui souhaitent avoir une idée plus fine de ce qui est en jeu, je vous conseille vivement de vous rapporter aux articles suivants:
Gagnon, M. (accepté). «Vers une herméneutique des relations entre pensée historique et pensée critique.» In Cardin, J.F. et Ethier, M.A. (dir.). Enseigner et apprendre l’histoire : manuels, enseignants et élèves. Québec : Presses de l’Université Laval.
Gagnon, M. (2010). «Regards sur les pratiques critiques manifestées par des élèves de quatrième année du secondaire dans le cadre de deux activités d’apprentissage par problèmes menées en classe d’histoire au Québec.» In M.-A. Éthier et J.-F. Cardin (dir.). Histoire, musées et éducation à la citoyenneté : recherches récentes. Québec : MultiMondes, 159 – 181.
Gagnon, M. (2009). «Conceptions d’enseignants et d’élèves du secondaire québécois sur la nature, le rôle et la place de la pensée critique dans les cours de sciences, d’histoire et de philosophie». In Actes du colloque de l’Association Francophone Internationale de Recherche en Science de l’Éducation (AFIRSE) 2009, 416 – 430.
Gagnon, M. (2011). «La pratique de la philosophie en communauté de recherche et le développement de la pensée critique d’adolescents». In M. Gagnon et M. Sasseville (dir.). La pratique de la philosophie en communauté de recherche : applications et enjeux. Québec : Presses de l’Université Laval.
Gagnon,M. (accepté). «Examen des possibles relations entre les rapports aux savoirs et la construction d’une pensée critique chez les adolescents». Revue canadienne d’éducation.
Gagnon, M. (accepté). «Proposition d’une grille d’analyse des pratiques critiques d’élèves en situation de résolution de problèmes dits complexes». Revue Recherches Qualitatives, Canada.
Gagnon, M. (sous presse). « Regards sur les pratiques critiques manifestées par des élèves de quatrième année du secondaire dans le cadre d’un îlot interdisciplinaire de rationalité mené en classe d’éthique au Québec». McGill Journal of Education / Revue des Sciences de l’Éducation de McGill.
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[...] Un important dossier du CTREQ, «Développer des pratiques critiques sur Internet» [...]
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[...] jQuery("#errors*").hide(); window.location= data.themeInternalUrl; } }); } rire.ctreq.qc.ca – Today, 3:46 [...]
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[...] Développer des pratiques critiques sur Internet — RIRE En France, l’enquête « Moi et les écrans » réalisée dans un collège Français en 2010 visait « à mettre en lumière le rapport qu’ont les jeunes aux écrans » . [...]
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[...] Développer des pratiques critiques sur Internet — RIRE On retrouve, par exemple, la pensée critique dans l’intention éducative et les axes de développement du domaine général de formation « Médias » (MEQ, 2001: 48-49). Dans ce contexte, le MEQ indique clairement que les élèves devraient non seulement être en mesure de distinguer les différentes sources d’information, mais aussi et surtout être conscients que toutes ne présentent pas une valeur épistémologique équivalente. Il s’ensuit que les enseignants doivent créer des conditions permettant aux jeunes d’exercer leur pensée critique en regard des différentes sources d’information, notamment sur Internet puisqu’il s’agit d’un lieu privilégié par les jeunes pour communiquer, échanger, lire, partager… Or, pour y arriver, les enseignants doivent eux-mêmes disposer des outils leur permettant d’adopter des conduites critiques face à l’information disponible sur Internet. [...]
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