Quoi de neuf?

L’intimidation pourrait causer des déficits cognitifs et des problèmes de santé mentale chez les victimes


Texte traduit et adapté de Beyond the blow to self-esteem, bullying can hurt the brain, too, publié sur le site du Globe and Mail le 11 mars 2010


Au-delà du coup porté à l’estime de soi, l’intimidation peut laisser des blessures physiques et même cérébrales. Les intimidateurs vivent littéralement dans la tête des victimes dont ils se sont moqués ou qu’ils ont harcelées. Des données préliminaires d’une étude canadienne montrent que l’intimidation peut générer du stress, des déficits cognitifs et des problèmes de santé mentale.

Maintenant la psychologue Tracy Vaillancourt de l’Université d’Ottawa et ses collègues de l’Université McMaster de Hamilton ont l’intention d’utiliser l’imagerie cérébrale pour observer le cerveau d’adolescents qui ont été régulièrement humiliés et ostracisés par leurs pairs dans le but de découvrir des différences structurelles par rapport aux cerveaux d’autres jeunes.

La chercheuse et ses collègues ont suivi 140 jeunes de la région de Hamilton. La moitié d’entre eux n’ont jamais été victimes d’intimidation et ont fait partie du groupe témoin. Parmi l’autre moitié, certains ont été victimes d’intimidation chaque année à partir de 12 ans. Mais d’autres ont eu un sursis. Les chercheurs ont l’intention d’utiliser l’imagerie cérébrale pour voir si l’intimidation vécue par ces adolescents a un impact durable sur leur cerveau.

« Nous savons qu’il existe une différence fonctionnelle. Nous savons que leur cerveau fonctionne différemment, mais nous ne savons pas si c’est aussi de l’ordre structurel, affirme Dre Vaillancourt, spécialiste en biologie de l’intimidation et titulaire d’une Chaire de recherche en santé mentale des enfants et pour prévention de la violence.

Elle espère que ses travaux permettront de légitimer le sort des enfants qui sont victimes d’intimidation et d’encourager les parents, les enseignants et les commissions scolaires à prendre le problème plus au sérieux.

Dre Vaillancourt a suivi un groupe d’adolescents de 17 ans depuis qu’ils ont l’âge de 12 ans. Les 70 enfants ont été régulièrement victimes d’intimidation au cours de ces années – victimes de moqueries, harcelés, menacés ou exclus.

La violence physique est relativement rare, explique la chercheuse, parce que leurs bourreaux sont assez intelligents pour savoir qu’ils vont s’attirer des ennuis.

Un cauchemar

« Pour beaucoup d’enfants, chaque jour est un cauchemar », dit-elle. Ils vont à l’école et personne ne leur parle. Quelqu’un leur fait délibérément un croc-en-jambe dans le couloir et les autres rient. On leur crie des noms horribles.

Les chercheurs vont commencer à étudier les cerveaux de 15 enfants qui représentent des cas extrêmes, dont un enfant en tenue de sport qui s’est fait voler ses vêtements par d’autres élèves qui les ont mis dans une toilette pour uriner dessus. Certains adolescents de l’étude ont été victimes d’intimidation pendant cinq années scolaires consécutives.

Les chercheurs ont déjà montré que les enfants qui sont victimes d’intimidation sont plus susceptibles d’avoir des déficits cognitifs. Leurs résultats des victimes d’intimidation à des tests qui mesurent la mémoire verbale et les fonctions exécutives (Wikipédia), un ensemble de compétences nécessaires pour se concentrer sur une tâche et pour l’accomplir. Des problèmes de santé mentale, comme la dépression, sont également plus fréquents.

Les effets cérébraux du stress chronique

Dre Vaillancourt suspecte que leur hippocampe est plus petit, une partie du cerveau impliquée dans la mémoire. Des recherches antérieures ont démontré que la dépression est liée à un hippocampe est plus petit. En outre, des expérimentations animales ont montré qu’un stress chronique élevé peut tuer les cellules du cerveau. Dre Vaillancourt pense que ce type de dommage pourrait permettre d’expliquer pourquoi les enfants qui sont victimes d’intimidation ont souvent de mauvais résultats scolaires.

La chercheuse est également à la recherche d’un cortex préfrontal plus petit, cette partie du cerveau qui joue un rôle dans le contrôle de l’attention et pour d’autres fonctions exécutives. Ces types de différences ont été documentés lors d’études qui ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle chez des enfants qui ont été négligés ou maltraités. La chercheuse soupçonne le stress chronique des victimes d’intimidation aurait un impact similaire.

Elle et ses collègues ont déjà publié des études montrant que les garçons qui sont victimes d’intimidation ont tendance à produire plus de cortisol, l’hormone du stress, comme si leur organisme était dans un état de surmenage permanent. C’est l’inverse pour les filles : elles ont tendance à produire moins de cortisol que la moyenne, comme si leur système de réponse au stress était freiné.

« À un certain point, leur cerveau cesse de réagir, explique Dre Vaillancourt. Ces changements du système de réponse au stress peuvent être liés à des taux plus élevés de dépression chez les enfants qui sont régulièrement harcelés par leurs pairs, surtout les filles. L’adolescence est la période pendant laquelle les relations avec les pairs sont les plus importantes et que les filles veulent plus que tout faire partie du groupe », soutient Vaillancourt.

Dernière modification : 23 mars 2010.

Contribuez à l'appréciation collective
Cette information est-elle utile à votre pratique ?
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (3 votes, moyenne: 5,00 sur 5)

2 commentaires

  1. Par Denise Bellefleur le 18 mai 2010 à 13:52

    Sujet très intéressant mais il serait utile de savoir, si le fait de faire cesser l’intimidation et le stress élevé pourra avoir des effets positifs à court terme. Les cellules étant mortes, y a-il un espoir pour les victimes et les dommages peuvent-ils être atténués dans le cerveau des jeunes victimes?

    Commentaire inapproprié ?



     ou annuler

  2. Par François Guité le 18 mai 2010 à 14:02

    Vous posez là, en effet, des questions fort pertinentes qui soulignent les limites actuelles des neurosciences. Comme la science progresse un peu plus à chaque nouvelle découverte, il faut espérer que nous aurons bientôt réponse à vos questions.

    Commentaire inapproprié ?



     ou annuler

Écrire un commentaire

Politique éditoriale des commentairesPolitique éditoriale des commentaires

Le RIRE invite les internautes à laisser leurs commentaires qui contribuent à la réflexion et ainsi enrichissent le réseau. Dans cette optique, le RIRE s'est doté d'une politique éditoriale des commentaires :

  1. a. Les commentaires doivent être écrits dans l’une des deux langues officielles (Canada), soit le français ou l’anglais.
  2. b. Les commentaires doivent se faire dans le respect des personnes et la diversité des opinions.
  3. c. Les commentaires haineux ou disgracieux seront supprimés.
  4. d. Les écarts langagiers et les propos malveillants ne sont pas tolérés.
  5. e. La publicité est interdite.
  6. f. La publication d’hyperliens vers d’autres sites est autorisée si ces sites respectent la politique éditoriale des commentaires.
  7. g. Les administrateurs du RIRE peuvent modifier en tout temps leur politique éditoriale des commentaires.

Réseau d'information pour la réussite éducative

Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)

Conception du site : iXmedia   |  Icônes : Komodo Media